Je profite de la petite demie heure qu’il me reste à la bibliothèque pour écrire quelques lignes sur notre expédition à Vladimir et Souzdal. Expédition prévue depuis longtemps dans nos têtes mais pas dans les faits (comprendre: nous n’avions fait aucune réservation) et très attendue aussi.
Je ne parle pas d’expédition au hasard: nous sommes partis à 6h30, vaillants, nos sacs sur le dos, marchant déterminés vers le métro. Arrivés à la gare, nous apprenons qu’il n’y a pas de train -jour de l’unité nationale, trafic réduit-, nous décidons donc de faire le trajet en bus.
5h plus tard, nous arrivons à Vladimir, petite ville de province de 350 000 habitants, jolies églises, mignonnes rues, embouteillages monstres. A Vladimir, il n’y a pas d’affiches incitant les gens à aller voter (“Le 4 décembre, votez pour vos députés, votez pour votre pays”). Non, à Vladimir il y a carrément des affiches montrant un Poutine à l’air grave et aux yeux rivés vers l’horizon qui déclame ces différents slogans: “la règle d’or, ce n’est pas le peuple pour le gouvernement mais le gouvernement pour le peuple” ou “le pays vit quand les usines fonctionnent”. Touchant. Le plus touchant reste l’affiche du KPRF “EdRos [Russie Unie] réponds !” et l’unique petite affiche de Medvedev sur un misérable arrêt de bus.
A la gare routière de Vladimir nous prenons le bus de la mort pour Souzdal. Enfin, un bus russe pour Souzdal. Si lors du voyage Moscou-Vladimir nous avons eu le plaisir de pouvoir nous endormir en observant la campagne russe, le second trajet nous ne pouvions qu’observer les trous de nez d’untel ou l’arrière du crâne de machin, tellement nous étions serrés. De toute façon une buée inquiétante tapissait les vitres du bus.
Arrivés à Souzdal, on respire enfin. Pas seulement parce que l’on sort du bus mais parce que l’on se rend compte que cela fait deux mois que nous n’avons pas respiré. La ville est tranquille: nous quittons l’artère principale dans le but de trouver une auberge. Il n’y a plus de routes mais des chemins de terre cabossés qui mènent cependant à des maisons toutes équipées: gros 4×4, paraboles, portails électriques… La nature surgit un peu partout: herbes folles, cours d’eau, chats qui se promènent et chiens errants qui nous suivent. Il y a des pêcheurs, des promeneurs: bref, une petite vie paisible.
Mais à part sa réputation de campagne buccolique, Souzdal est avant tout une zone protégée: l’absence de constructions récentes permet de conserver son exceptionnel ensemble architecturale et son atmosphère champêtre. La ville comporte plusieurs monastères, plus d’une trentaine d’Eglises et une multitude de jolies maisons dont les fenêtres sont finement décorées dans un style attendu par le touriste.

On entend souvent dire que Souzdal est le berceau de la Russie: au 12ème siècle, la ville est la capitale de la principauté de Rostov-Souzdal qui devient principauté de Vladimir-Souzdal en 1157 et centre politique de la Rouss kiévienne. Concurrente de Kiev, Vladimir connaît une ascension fulgurante jusqu’aux invasions mongoles qui permettent à Moscou, jusque là secondaire, de passer au premier plan. Sous la domination moscovite, Souzdal devient un important centre monastique orthodoxe. Mais ce n’est réellement qu’au 18ème siècle que le visage de la ville se forge, lorsque de riches marchands financent la construction de trente Eglises disseminées à travers la ville.
Bref, nous nous sommes balladés, insouciants, heureux d’être loin de Moscou, emballés par la nature et le calme… jusqu’à ce que nous apprenions qu’il n’y avait plus aucune chambre de libre nulle part dans la ville, logements chez l’habitant compris. Loin de vouloir jouer à Pékin Express, nous nous rabattons en catastrophe vers la gare routière et attrapons le dernier bus pour Vladimir puis Moscou. 4h plus tard nous revoici dans le métro pris d’un énorme fou rire face à cette lamentable retraite. A 1h du matin nous sommes au Mac Do de Yougo Zapadnaia. Changement d’ambiance radicale.




9h de trajet dans une seule journée?!? Vous avez quand même eu le temps de visiter un peu? Les deux dernières photos donnent vraiment l’impression d’une autre époque (la dernière pourrait très bien être un tableau – et ces ciels!)… Et y’avait quoi à voir à Vladimir? C’est des endroits importants/connus pour les Russes?